Opus 46 : Le Jeu de la Création

 

 

Le Jeu de la Création

CE, SA, Récitante (adulte), Accordéon, piano, percussions.

Textes en français. 20 mn. Facile.

 

Commande de la Lauzetta,

création le 8 juin 2008,

chœur d'enfants la Lauzetta,

direction François Terrieux,

Toulouse, la Halle aux grains. 

 

Le jeu de la Création


    Cette œuvre est le résultat de plusieurs années de réflexion et de méditation sur les poèmes d’Eugène Guillevic. Pour celles et ceux qui connaissent bien ses livres, il peut être amusant de chercher à reconnaître, dans les quarante-cinq poèmes du livret, les titres des recueils d’origine. La dizaine d’ouvrages qui m’a servi pour ce collectage s’étend sur toute la carrière du poète, et comporte également trois textes inédits, que Madame Lucie Guillevic-Albertini m’a très aimablement confiés, à l’occasion d’un de nos nombreux entretiens préparatoires à ce travail.

    L’histoire est avant tout une évocation du monde par la poésie et le chant. Il ne s’agit pas, néanmoins, de refaire l’Histoire du monde, telle que pourraient en parler les scientifiques aujourd’hui, encore moins celle de la Genèse, mais de montrer que nous pouvons, sinon le créer, du moins le re-créer, et ce par des moyens autres que l’image : par la parole, le son, la danse. Le titre, « Le jeu de la Création », permet aussi, en évitant tout contexte religieux ou mythologique, de placer les enfants dans un rôle toujours actif, l’imagination en alerte : la Création, c’est ici l’œuvre que l’on joue, et dont la forme, ouverte, donne lieu à une composition nouvelle à chaque représentation. En effet, dans sa forme idéale, l’œuvre se déroule en sept moments musicaux interchangeables, eux-mêmes associés à des couleurs, des séries de textes, des chorégraphies etc., sans que ces associations soient définitivement fixées. Comme dans un jeu de société, les participants (les joueurs ?) disposent d’un certain nombre d’éléments regroupés par familles et proposés sous forme de cartes à jouer, dont l’ordre n’est révélé qu’au moment d’entrer en scène. Dans ce projet, il apparaît alors que le monde est toujours à ré-inventer…

    Pour rendre possible cette proposition, j’ai mis au point sept parties dont le contenu est organisé de manière relativement semblable :

1- des poèmes récités, accompagnés par des jeux vocaux
2- une chanson
3- un choral, dont le texte est immuable, mais la musique sans cesse variée

    Tout ce qui est récité est partagé entre une récitante, adulte, plutôt une grand-mère, et les enfants eux-mêmes. Il faut garder à l’esprit que les parties représentent aussi des états différents de maturité du monde, et qu’en parallèle avec cet aspect, il faut choisir les solistes en fonction de l’adéquation entre leur âge et la partie de l’œuvre.

    Les jeux vocaux sont extrêmement importants, autant que les chansons, car sous l’apparence anodine de « paysages vocaux », dont la fonction  semble être essentiellement l’accompagnement, ils permettent à des enfants non initiés aux sonorités contemporaines de les découvrir en douceur, de s’y exercer, et de développer une réelle capacité d’autonomie par rapport au chef. En effet, ces jeux demandent tous une part d’improvisation, tout en restant à l’écoute des autres, avec la nécessité de s’ouvrir aux sonorités nouvelles dans l’instant, puisque le rendu sonore est différent à chaque représentation. Ces jeux sont au nombre de six actuellement, mais dans la version d’origine ils sont au nombre de douze, basés sur les douze mots-clef de l'œuvre (j’ai choisi d’associer à chacun d'eux un climat choral, une texture sonore faite d'un mélange entre du vocal et du non-vocal, percussions diverses, bruitages à partir d'objets courants...) :

 le rien     souffles, avec des silences

 le feu      suite du climat précédent ; passer à la parole, puis au cri

 le courant  note tenue à l'unisson, bouche fermée, passant de voix en voix, et si 
                   possible, en chant diphonique (déployer l’accord progressivement)

 l'air       suite du climat précédent, mais avec une mélodie très lente, comme
              un cantus firmus à partir du thème du choral, par exemple

 la rivière (la pluie, le fleuve) réservoir de courtes mélodies improvisées,
             à 1, puis 2, puis 3, etc, grossissant jusqu'au groupe entier

 la mer      suite et fin du mouvement précédent

 les rocs    cluster à grain, dans le grave

 la forêt    chuchotements, alternés avec des silences

 les hommes  chant polyphonique, comme des psalmodies sur un accord immuable

 la terre (le tournesol) cluster bouche fermée dans le médium aigu

 la flamme   suite du précédent, se réduisant peu à peu à l’unisson

 la lumière  fin du précédent, retour vers l’unisson, puis une tenue
                   au demi ou au quart de ton, légère, avec un battement harmonique,

                  et dont on entende le passage d'une voix à l'autre.


    J’ai composé les sept chansons du « Jeu de la Création » pour un public d’enfants non maîtrisiens, avec une écriture simple, peu polyphonique, dans la tessiture la plus commune (médium, avec un peu de grave), et très accessible rythmiquement. Elles peuvent ainsi être chantées ET chorégraphiées, ce qui serait impossible si les enfants avaient des parties trop complexes à chanter. Seule, la pièce intitulée « Terre » est difficile, mais l’interprétation en canon à cinq voix n’est pas une obligation, et il est possible, voire souhaitable, de ne pas avoir de mouvement à exécuter durant cette pièce.

Enfin, en ce qui concerne le choral, j’ai souhaité créer une sorte de « fil rouge », de rendez-vous régulier qui rythmerait l’ensemble de l’œuvre ; j’ai choisi « Il aura trop tenu… » pour ses qualités philosophiques, sa profondeur, tout autant que son apparente légèreté, avec les thèmes de la mer, origine de la Vie, du sable, symbolisant le passage du temps, et du nuage, comme ce que l’on souhaite faire de ce spectacle, léger, passager, éphémère. Les quatre variantes du choral entendues au cours du spectacle sont elles-mêmes autant de jeux vocaux, y compris le final, avec sa diction rapide et scandée, claquant à la manière d’un hymne.


Au-delà de ce travail sur le chant, j’ai également conçu les parties instrumentales de manière à ce qu’elles puissent être interprétées par des enfants (12-14 ans), sans virtuosité particulière, suffisamment simples aussi pour permettre toute l’attention que requiert un rôle d’accompagnement dans un tel contexte scénique, sujet à variations…

On trouvera dans la partition de nombreuses indications de gestes ou de spatialisation ; par ailleurs, chaque partie peut être associée à une couleur dominante :

 1, big bang : nuit, noir alterné avec des éclairs de couleurs

 2, aleph, mots, textures vocales, eau : bleu

 3, rocs, formes de vie anciennes : marron, violet

 4, photosynthèse, végétation : vert

 5, les hommes : rouge

 6, disparition des espèces, déserts : orange, jaune

 7, flamme, espérance : nuit, noir avec intermittences de couleurs

                       

                                 

 
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