Opus 50 : Le panoptique de Jeremy Bentham

 

 

Le panoptique de Jeremy Bentham


Opéra de chambre en trois tableaux,

pour soprano, baryton, récitant, chœur, piano, accordéon, et vidéo.

Par la brièveté de ses propositions, taillées comme des diamants, la poésie d’aujourd’hui fait œuvre de Résistance, tout particulièrement depuis la seconde guerre mondiale, avec la vocation de nous réapprendre à dire le monde, à le penser, et peut-être aussi, à l’inventer. Le « Panoptique », reprend au départ l’idée architecturale du philosophe anglais Jeremy Bentham (XVIII-XIXème siècles), qui souhaitait créer des prisons où les détenus se sentent surveillés en permanence, sans aucune intimité, de sorte qu’ils n’osent jamais quoi que ce soit vis à vis de l’administration pénitentiaire, de leurs camarades ou d'eux-mêmes. Cette idée m’a semblé pouvoir être mise en parallèle avec la dérive sécuritaire de nos gouvernements actuels, notamment par l'emploi de systèmes de vidéo-surveillance de plus en plus répandu. Par ailleurs, je me suis appuyé sur les ateliers que j’anime dans la prison centrale de Clairvaux depuis fin 2007 pour concevoir cette œuvre sur le thème de l’enfermement - y compris l'enfermement intérieur, celui que l'on s'impose par peur de soi comme du monde - à mi-chemin entre l’oratorio et l’opéra.

Le premier tableau, avec des textes de Jeremy Bentham et Oscar Wilde, nous invite à réfléchir sur l'enfermement carcéral : en miroir, l'un des plus grands penseurs anglais du XVIIIème siècle, dans un discours entendu à l'Assemblée en 1791, et l'un des plus grands écrivains du XIXème, décrivant depuis sa cellule les conditions de vie des prisonniers. Le deuxième tableau évoque le dehors immédiat, les instants qui suivent l'évasion, avec le constat que l'enfermement est aussi intérieur, comme on le sent fortement dans les poèmes de Pierre Reverdy, poète français qui s'est lui-même, en quelque sorte, "enfermé" dans une retraite (à Solesmes) ; les textes de l'estonien Jaan Kaplinski expriment ici, clairement, le désir d'une sortie hors de soi-même. Dans la troisième et dernière partie, le récit de Pentti Holappa nous entraîne dans un périple immense à travers les contrées inhospitalières du nord de la Sibérie, de la Finlande jusqu'au détroit de Béring. Aucun répit dans ce voyage, comme une tentative désespérée de sortir du monde, qui peu à peu se révèlerait parcours initiatique...

 
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