Opus 66 : Les lessiveuses

 

(Projet pour la saison 2011-2012)

 

livret de Yamina Zoutat, d'après des paroles de mères de détenus

 

Après le projet des "parloirs", voici le film documentaire de Yamina Zoutat (Les Films d’ici) et la proposition de la Piccola Compagnie : on change de voix, mais le registre est proche : mères de détenus, voix féminines, gestes, cheminements, du près au lointain de ces hommes et de leur destin, si singulier, tragique. Le destin de ces mères en dépend, certes, mais les voix, les mots, les mouvements et les sons que nous rapporte Yamina Zoutat forment déjà, dans le scénario d’origine, une trame bien précise, au fort potentiel dramatique.

Dans le prolongement de mon expérience claravallienne, je souhaite très vivement développer une recherche pour la composition d’un opéra de chambre, à partir de ce scénario, afin de donner à entendre le vécu de ces femmes, dans leur humanité la plus simple, quotidienne. Et surtout, dans leur présent : il s’agit ici d’un ouvrage lyrique en reflet immédiat de notre société, sans décalage, puisque la conception de l’opéra et la réalisation du documentaire ont lieu en même temps. Cette implication dans le présent est d’autant plus forte qu’elle correspond à un double témoignage, celui d’une femme rapportant la parole et les gestes de femmes, et le mien, construisant mes œuvres depuis trois ans sur le collectage direct de témoignages de détenus.

Sur scène, les mères, seules. Dans la fosse, des hommes, les instrumentistes, par moments chanteurs, incarnés dans l’espace scénique par le linge, qui porte l’empreinte de leur vie ; linge que l’on soigne, lave, prend et rejette, et reprend ... Un ensemble instrumental et vocal d'une dizaine de personnes (2 chanteuses, une comédienne, deux choristes, un trio à cordes, un contrebassiste et un accordéoniste) et l'apport d'images vidéo tournées en direct, montrant les mains et les visages, les vêtements. Une forte différenciation des voix scéniques, un mélange de chant et de voix parlée, criée, ou chuchotée, des éléments sonores issus du quotidien de ces femmes, bruits de la rue à l’arrêt du bus, métro et train, puis, repassage et bruits de lessiveuses. Souplesse des instruments convoqués, cordes âpres, ténues ou stridentes, accordéon liant les voix entre elles, contrebasse accordant un surcroît de tessiture. Chants des hommes cachés, des femmes montrées, jusqu’en leurs plus profondes émotions.
 

 
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