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À propos de l'oratorio L'Europe de mes rêves

 

Journal La Croix du vendredi 12 mai 2017

Dossier “Ils réparent la France

 
RELIER

 
Un rêveur actif

Le compositeur envisage la musique comme un art de la relation, du dialogue entre ceux qui s’ignorent, voire s’opposent. Son nouveau projet prend les couleurs d’une Europe rêvée …

 

Dans l’univers de la création musicale, Thierry Machuel est un artiste estimé et reconnu. Plusieurs de ses œuvres n’ont-elles pas figuré au programme de l’option musique du bac? Mais le talent du compositeur se double de l’engagement d’une personnalité généreuse qui inscrit son inspiration dans le tissu social et la vie des hommes. Même la plus complexe, voire la plus déchirée. Ainsi, sa Trilogie de la détention, créée au Collège des Bernardins à Paris l’an dernier, regroupait trois oratorios sur des paroles de détenus, de mères de détenus et de victimes. “Je garderai à jamais en mémoire les mots de cette maman d’un enfant assassiné qui avait voulu rencontrer des personnes incarcérées pour des crimes analogues à celui qui avait brisé sa vie. Un travail de "justice réparatrice” saisissant…”, évoque Thierry Machuel.

 

Aujourd’hui, le compositeur, -en collaboration avec Marie Baudart, Mathias Charton et François Virot- entend apporter sa petite pierre à la réconciliation des esprits autour de l’idée européenne. Du 25 au 27 mai, à Yvetot en Normandie, des centaines d’enfants d’ici et d’ailleurs chanteront ensemble l’Europe de leurs rêves. Dix classes de collégiens du rectorat de Rouen et neuf chœurs de jeunes venus d’Allemagne, d’Estonie, d’Espagne ou de Pologne vont conjuguer leurs énergies sur scène, se réjouit Thierry Machuel. Des poèmes écrits par des enfants (certains sont de petits joyaux!) et traduits dans toutes les langues composent la trame d’un spectacle musical, pour découvrir le monde à travers la poésie du monde…

 

Issus pour certains de quartiers sensibles ou de territoires isolés, ces collégiens normands “n’auront peut-être jamais l’occasion de découvrir les pays dont ils vont chanter les mots, poursuit Thierry Machuel. Mais ils se sont précipités dans l’aventure avec ferveur. D’autant qu’ils vont accueillir chez eux leurs camarades étrangers”. Persuadé qu’il faut imaginer sans cesse des manières pour “dialoguer envers et contre tout, surtout là où le vote FN a beaucoup pesé”, le musicien s’interroge cependant sur l’implication des parents dans cette utopie sans frontières : “il y a toute une génération qui n’a pas connu la guerre, qui souffre au quotidien du chômage, du déclassement, et qui attribue ces difficultés à l’Europe”.

 

C’est pourquoi le spectacle se terminera sur un petit dialogue au sujet de l’avènement d’une société réconciliée :

- tu crois que ça arrivera ?

- je ne sais pas

- j'ai peur

- je sais, moi aussi, mais on peut toujours se battre contre la peur !

 

 

A propos de l'opéra "Les lessiveuses"

 

critique parue sur le site Hottello après les représentations des 23 et 24 mai 2015 à la Maison des Métallos



Les Lessiveuses, opéra de Thierry Machuel, livret Yamina Zoutat, mise en scène Christian Gangneron

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La création des Lessiveuses est une commande du ministère de la Culture au compositeur et pianiste Thierry Machuel, initiateur de l’ensemble instrumental et vocal « Territoires du souffle », dont le travail explore l’art choral et les textes contemporains. Le musicien, versé aussi dans les textes de témoignages, les écrits de Résistants ou de détenus, reste à l’écoute du travail de Yamina Zoutat, chroniqueuse judiciaire, auteure du film documentaire Les Lessiveuses.
Sa version pour le théâtre lyrique, sous la direction musicale de Pierre Roullier, est mise en scène par Christian Gangneron soit l’aventure audacieuse d’une rencontre entre deux folies : la mère et la prison.
Ce territoire scénique balisé recèle les qualités à la fois d’un quotidien sordide et d’un rêve personnel, entre passions et énigmes existentielles, entre espoir lancinant de sortie et sentiment d’oppression et de privation.
Les mères se font la chambre d’écho sonore et symbolique des attentes et désirs de leurs enfants sanctionnés, brimés, empêchés et enfermés.
La proposition est subtile, à voir et entendre la qualité des interprètes musicaux – instruments et voix -, Claudine Le Coz et Muriel Ferraro, Pierre-Stéphane Meugé, Pierre Cussac, Stéphane Puc et le talent scénique de la comédienne Coco Felgeirolles qui sait aussi chanter.
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Les trois femmes se tiennent avec modestie et dignité sur le plateau, un grand sac de linge à leur côté, unique bouée de survie, don modeste.
Ces femmes ne rêvent guère et se parlent peu, attendant leurs dizaines de minutes hebdomadaires passées au parloir avec leur fils emprisonné.
Comme toutes les mères, elles vivent sans le savoir un courage sacrificiel – un amour gratuit non payé forcément de retour.
Et même si l’excès sentimental provoque l’ironie, ces effusions de la mère souffrante – La Mater dolorosa – suscitent toujours la vénération.
Dans la musique de ce bel opéra contemporain, les trois grâces intériorisent avec force le châtiment filial, tentant d’entrevoir la lumière.
Elles sont ad vitam aeternam ce rayon de soleil qui se lève chaque jour.

Véronique Hotte



 

à propos des œuvres de Thierry Machuel imposées à l'option musique du baccalauréat

 

 

Article paru dans Le Figaro du lundi 16 juin 2014

Ils sont au programme du Bac cette année

Pertinence du sujet : 19/20

Thèse : C’est un compositeur singulier, qui a fait le choix radical, dans les années 1990, de se concentrer exclusivement sur l’écriture chorale. Thierry Machuel met en musique de grands poètes contemporains de langue française, anglaise (Langston Hughes), arabe (Mahmoud Darwich), etc... C’est aussi un artiste engagé, préférant les rencontres humaines fortes (il a été en résidence à la prison de Clairvaux) aux reconnaissances institutionnelles.

Antithèse : parce qu’elle embrasse différentes disciplines (musique, lettres, histoire), et que Machuel aime écrire pour des chœurs amateurs, sa musique peut sembler accessible. Elle n’en recèle pas moins, dans son évidence, une complexité et une richesse d’écriture qui offrent une passionnante matière à analyse.

Synthèse : on ne pouvait rêver meilleur choix pour un système d’éducation qui a tant à gagner à valoriser les pratiques amateurs et le chant choral à l’école.

Thierry Hillériteau
 

 

 

Article paru dans Le nouvel observateur du jeudi 12 juin 2014

Choral de Bac

C’est sur les œuvres de ce jeune compositeur français que les candidats au Bac planchent ce mois-ci. Portrait.

Cette année, cinq des œuvres du compositeur Thierry Machuel ont été choisies, avec Corelli et Miles Davis, pour l’épreuve facultative de musique du baccalauréat. « C’est un Conseil qui décide du programme, explique-t-il ... dans le chant choral, il y a aussi les paroles, qui peuvent mobiliser d’autres professeurs ... C’est le texte qui prime ! Ma méthode de composition, c’est de faire passer le texte. » Il l’a décidé un jour : il sera porte-parole, au sens propre. « Il y a des paroles qui libèrent, comme en psychanalyse. Et c’est encore plus vrai quand cette parole libératrice est celle de détenus ! ... »

Thierry Machuel, 52 ans, tient de l’apôtre, du résistant, du missionnaire. Il est un militant de la musique. Sensible sans aucune mièvrerie, courtois sans mollesse, actif sans illusions, il travaille avec les lycéens comme des ensembles professionnels, met en musique des poèmes de Bonnefoy ou de détenus de la centrale de Clairvaux. Depuis les années 1990, il ne se préoccupe plus que de chant choral : il pense chant choral, il écrit chant choral, il dirige chant choral, il chante chant choral, il parle chant choral...

La musique à l’école et au lycée ne se porte pas très bien. Que ferait-il s’il était ministre de l’éducation ? « Je commencerais par faire confiance. Le nombre de professeurs que j’ai croisés qui se donnent, qui ne comptent pas leurs heures supplémentaires, qui louent des cars en y mettant de leur poche, qui encadrent des lycéens turbulents, qui prennent toutes les responsabilités, qui préparent tout pendant un an ! J’en étais ému aux larmes ! Mais on manque de forces à l’école primaire. Il y a des chœurs dans le secondaire, mais pas assez dans le primaire. Le lien avec les conservatoires devrait être automatique. Comme compositeur, j’ai aussi ma responsabilité : comment écrire pour que ce soit chanté dans ces endroits ? » Tous les professeurs ne sont pas comme cela. Beaucoup renoncent. « Oui, le grand truc depuis trente ans : il faut prendre les élèves où ils sont. Ce n’est pas vrai, il ne faut pas. On doit les tirer vers le haut. C’est à ça que sert l’école ! »

Jacques Drillon 

 

 

A propos des concerts avec l'ensemble ElaNaveVa

 

Article paru dans La Nouvelle Répulique du mardi 1er avril 2014

 

Machuel : le musicien qui vous attrape par le chœur


Figure majeure de la musique de notre temps , Thierry Machuel entre inlassablement en dialogue avec l’autre dans une œuvre à visage humain.

Quand on lui demande pourquoi la « musique vocale » tient une si grande place dans son œuvre, Thierry Machuel rectifie : « La musique chorale ! Celle, écrite pour le chœur, cette communauté humaine qui reflète notre société. » Une musique dont ce quêteur inlassable trouve la source dans la rencontre de l’autre et de ses mots. Ceux qui vont le toucher, mots de poésie tapis au creux des livres ... qu’il aime découvrir dans les bibliothèques, ceux de ces langues du monde « dans lesquelles il y a un chant qui attend » et tous ces mots venus du cœur de « ceux qui sont au rebut de notre société ».

Poètes venus de tous les horizons ou détenus à la prison de Clairvaux, de ces textes, de ces cris, de ces écrits, « de cette beauté sertie dans le réel », Thierry Machuel « se veut le porte-parole ». Avec un sens mélodique purement français, héritier de Debussy, Ravel, Poulenc ou Dutilleux, sous sa plume naît une œuvre profondément touchante, à visage humain. Compositeur imposé du Florilège vocal {de Tours} 2014, Thierry Machuel est aussi depuis deux ans inscrit au programme du Bac musique. Alors, « touché par ce grand honneur », il va à la rencontre des lycéens, ces jeunes qu’il « admire tant car ils portent en eux une espérance ».

Venu en voisin à une répétition de l’ensemble ElaNaveVa d’Isabelle Faës, Thierry Machuel, « heureux tourangeau d’adoption » a accepté de « travailler avec beaucoup de plaisir » pour « ce chœur merveilleux » et d’ajouter à son « Bestiaire de Noël », un « loup »...


Philippe Haller

 

 

à propos du CD Lucis memoria

Critique parue dans La Croix du 24 décembre 2011

La fervente simplicité de Thierry Machuel

Il connaît si bien les voix et leur pouvoir évocateur qu’il sait écrire pour elles des pages dont le flux et le reflux musical, les textures et le grain des timbres semblent à la fois d’une profonde cohérence et d’une magnifique variété. Rassemblées dans ce nouveau CD, ces pièces sacrées de Thierry Machuel ont été composées entre 1979 et 2009. Elles sont interprétées avec intensité par le  Chœur Mikrokosmos de Loïc Pierre et le quatuor vocal Méliades. Les  textes empruntent aux Ecritures ou au délicieux bestiaire mystique de Claude-Henri Rocquet, à chaque fois mis en lumière par une écriture  raffinée mais qui n’étale jamais sa science, bien au contraire. Un soliste brode sur la trame chorale (Le Chien), un « Amen » miroite comme  l’or d’un retable du Quattrocento (Ave maris stella), les voix s’unissent  dans un cri impressionnant (Tristes erant apostoli)... Chaque pièce  rend hommage à la Création, sa beauté, sa fragilité. Et son mystère.

Emmanuelle Giuliani

 

 

ConcertoNet

 

Critique parue dans Concertonet.com le 4 novembre 2010

Thierry Machuel :Paroles contre l’oubli, opus 60 – Nocturnes de Clairvaux, opus 49 – Chants de captivité, opus 58 – Leçons de Ténèbres, opus 59 – Lebensfuge, opus 56

Or, les murs, documentaire de Julien Sallé

Les Cris de Paris, Geoffroy Jourdain (direction), Chœur Mikrokosmos, Loïc Pierre (direction)

François-René Duchâble, Thierry Machuel (piano), Régis Pasquier (violon), Bruno Pasquier (alto), Roland Pidoux (violoncelle)

Enregistré à l’Abbaye de Clairvaux (septembre 2009) – 99’11 + 60’ (documentaire)
Un coffret de 2 CD et 1 DVD aeon AECD 1092 (distribué par Harmonia mundi)



Thierry Machuel (né en 1962) s’investit depuis 2008 dans des ateliers d’écriture poétique à la Maison centrale de Clairvaux. Aux textes des détenus, il appose sa musique, pour chœur de chambre a cappella. Dans les Nocturnes de Clairvaux, triptyque approchant les quarante minutes, le compositeur réunit les échanges épistolaires entre des moines de Cîteaux, enfermés volontaires, et les prisonniers.


Bonus de ce magnifique livre-disque conçu par aeon (notice bilingue, notamment de Thierry Machuel et Jean-Michel Nectoux), le documentaire de Julien Sallé relate cette expérience peu commune en adoptant un rythme lent, celui de l’univers carcéral, et en privilégiant les paroles des détenus, anonymes et vus de dos. Avec retenue et sincérité, ceux-ci se livrent au musicien qui témoigne d’une écoute de qualité et d’un remarquable souci de ne pas juger. Grâce à cette relation de confiance naquirent des écrits d’une surprenante élévation de pensée : espoir, identité, liberté, nostalgie, peur, rêves, solitude, autant de préoccupations qu’abordent ces condamnés à de lourdes peines avec, en fin de compte, peu de violence. Ils n’eurent pas le droit d’assister à la création des œuvres au sein même de l’Abbaye de Clairvaux, dans le cadre du festival «Ombres et lumières» dirigé par Anne-Marie Sallé, mais le réalisateur a eu la bienveillance de leur projeter la prestation dans un des couloirs de la prison...


Thierry Machuel a imaginé une musique respectueuse du texte (murmuré, parlé, chanté, parfois hurlé), évocatrice et accessible malgré un contrepoint complexe. Révélant une indéniable invention mélodique, harmonique et sonore, son écriture mêle volontiers musique et bruits (de verrous, de tôle, de cloches, de battements de pieds) ce qui souligne le lien avec le climat carcéral et permet la perte des repères temporels. En regard des Paroles contre l’oubli (2009), les magnifiques Nocturnes de Clairvaux (2008-2009) dévoilent des recherches encore plus approfondies sur le rendu visuel et spatial de cette musique qui prouve l’apport, actuellement essentiel, du compositeur dans le répertoire pour chœur a cappella. Conduits par Geoffroy Jourdain, Les Cris de Paris réalisent une prestation fabuleuse d’aisance, de netteté et de justesse tandis que leur diction et leur engagement rendent pleinement justice aux poèmes.


Regroupant des pièces instrumentales, le second disque prolonge l’atmosphère créée par le premier. Exécutés par Régis Pasquier et François-René Duchâble, adepte des expériences originales, les Chants de captivité (2009), brèves impressions ressenties par le compositeur lors des visites en prison, évoquent Ravel et Debussy sans relever du pastiche. Inspirées des échanges entre moines et détenus, les Leçons de Ténèbres (2009), pour trio à cordes, présentent un langage plus personnel qui devrait inciter l’auteur à poursuivre dans l’écriture pour cordes. Ce dernier partage le piano avec François-René Duchâble dans Lebensfuge (2009), prégnante «improvisation écrite» aux accents par moments janacekiens dont les sous-titres se rapportent, une dernière fois, à l’épreuve de l’enfermement («Obscurité», «Mouvement», «Echappée», «Conscience», «Liberté»). Une publication hors norme ne cherchant ni à juger ni à révéler l’univers carcéral sous un aspect univoque mais qui aide à mieux comprendre ceux qui n’ont par ailleurs guère l’occasion de s’exprimer.


Sébastien Foucart

 

 

France Musique, Le portrait, 18 octobre 2010

entretien avec Omer Corlaix

Lien :

http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/portrait/emission.php?e_id=80000069&d_id=420000547&arch=1 

 

 

Télérama, émission "A rebours", 22 mai 2010

 

présentation de Xavier Lacavalerie 

lien : 

http://www.telerama.fr/musique/a-rebours-thierry-machuel-chanteur-contemporain,55921.php 

 

 

 

Diapason, mars 2010 

 

Au chœur du texte

Longtemps confiné à la pratique amateur, parfois de haute qualité, le chant choral savant ne s’est professionnalisé en France que dans la seconde moitié du XXème siècle, suscitant l’éclosion d’œuvres dont la difficulté d’exécution était trop souvent la principale vertu. On avait l’impression, d’ordinaire, que les voix chantaient les unes contre les autres. Autant dire que la première apparition, il y a quelques années, d’une œuvre de Thierry Machuel dans un programme dirigé par Laurence Equilbey n’est pas passée inaperçue. Elle a été très applaudie mais, par quelques-uns, du bout des doigts seulement.
Son tort ? Elle sonnait merveilleusement bien, et cette intimité évidente du créateur avec la sensualité de l’élément vocal semblait incompatible avec une certaine idée de l’avant-garde. Peut-être, d’ailleurs, en est-on toujours là, même si la musique de Machuel, essentiellement dédiée au chœur, a désormais trouvé sa place dans l’éventail de la création contemporaine.
Car ceux qui ont été conquis d’emblée ont perçu, chez cet auteur encore inconnu, une force de conviction qui, pour affirmer si tranquillement sa singularité, devait venir du fond de l’être. La pratique du chant choral a toujours été si intimement mêlée à sa vocation de compositeur que Machuel s’y est dédié sans même en faire le choix. Le manque qu’il ressentait de ne pouvoir chanter des textes assez significatifs a fait naître en lui le désir d’en chercher ; la mise en musique s’est imposée avec la découverte de Paul Celan.
D’une façon générale, ainsi qu’il le souligne, les poèmes choisis par ses soins « peuvent être considérés comme des témoignages précieux sur un fragment douloureux de l’histoire de l’humanité, des ghettos de Harlem à la résistance à toute dictature. Mais ces témoins possèdent une sorte d’élévation de la vue, de la pensée, au-dessus du point particulier de leur propre vie ; une dimension métaphysique, comme un dialogue avec l’Invisible, où l’on en resterait toujours aux questions, laissant le lecteur au seuil de lui-même ».
Ces choix lui imposent une double responsabilité : conserver l’intelligibilité du texte sans en déflorer la part de mystère et donner à l’ensemble vocal une corporéité assez organique pour qu’il puisse porter le message. Au brouillage sémantique d’une écriture polyphonique complexe, Machuel préfère la fluidité des imitations aérées, des échos, des tuilages, des dialogues entre les voix d’hommes et de femmes. De longues tenues contribuent à l’assise de l’édifice : certaines voix, traitées comme des instruments, murmurent, créent un halo ou glissent insensiblement pour créer une ambiguïté tonale féconde, tandis qu’au premier plan, des groupes ou des solistes alternent pour énoncer les poèmes avec une éloquence naturelle. L’anthologie « Psalm » est une irrésistible invitation au voyage dans les contrées de ces symphonies vocales inouïes, si humaines.

Gérard Condé

 

 

Télérama du 10 février, rubrique "Beau geste" :

 

 à propos de Nativités profanes :

Thierry Machuel, l’attrape-chœur


Il est rêveur et discret, Thierry Machuel. Semblant un rien perdu dans son monde, à l’image de la musique qu’il compose inlassablement, en faisant un discret pied de nez aux modes et aux attentes, sans souci de carriérisme, au mépris, même, de tout bon sens. Pour lui, le chant choral, le chant « ensemble », est la meilleure réponse à apporter à la morosité ambiante et à la profonde incertitude du devenir de la planète. Un dialogue avec l’Autre, intime et secret, à l’image de ceux qu’il sait nouer avec ses chers poètes contemporains (René-Guy Cadou, la poétesse chilienne Gabriela Mistral) ou avec les exclus des prisons, dont il a mis en musique les rêves et révoltes à la centrale de Clairvaux.
Thierry Machuel est né en 1962. Il survit miraculeusement – une petite bourse par-ci, une commande par là, tantôt un petit prix Sacem, tantôt la reconnaissance d’un pair glorieux (la chef de chœur Laurence Equilbey). Mais là n’est pas l’essentiel. Un disque de sa musique vient de sortir, discret, éblouissant, généreux, comme une invitation à la paix intérieure – sinon à l’impossible bonheur ...

Xavier Lacavalerie

 

 

 

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Thierry Machuel met la parole des détenus en musique

27 septembre 2009

 

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Dimanche, le festival de l'abbaye de Clairvaux, en Champagne-Ardennes, proposait un concert de musique vocale, composée à partir de paroles de détenus. Ceux-là mêmes qui sont incarcérés derrière les murs de l'abbaye.

Par Priscille LAFITTE (texte)

                Photographie Julien Sallé

 

Les paroles de détenus arrivent parfois sur la table d’une maison d’édition. Rarement dans les oreilles d’un compositeur de musique. Thierry Machuel a passé deux années à écouter des détenus de la centrale de détention de Clairvaux, lieu carcéral historique niché dans la verdure de Champagne-Ardennes et mitoyen d’une abbaye où se déroule chaque année, à la fin de septembre, un festival de musique classique appelé "Ombres et Lumières". "J’aime travailler sur des textes durs, âpres, explique le compositeur. On aurait pu reprendre des écrits de prisonniers déjà publiés, mais ils n’étaient pas assez homogènes. Et j’aime rencontrer les auteurs." Aux côtés d’Anne-Marie Sallé, responsable artistique du festival, Thierry Machuel a animé des ateliers d’écriture dans le centre de détention. Un réalisateur, Julien Sallé, a assisté aux rencontres. Et tourné un documentaire.

 

Extrait du film "Or, les murs", réalisé par Julien Sallé (copyright Red Star Cinema).

 

Au départ, c’est la valse-hésitation. "J’ai expliqué ma démarche musicale, qui est de respecter au plus près la parole et le vécu des personnes. Ma technique de composition évite le suraigu [notes très aiguës et difficiles à émettre en respectant la prononciation des mots, ndlr] ou le contrepoint [la superposition des lignes mélodiques, ndlr], qui brouillent la compréhension du texte." Certains détenus n’adhèrent pas à la démarche, d’autres changent d’établissement carcéral. Quand enfin viennent les chanteurs, qui, partitions en main, révèlent aux détenus la richesse poétique de leurs écrits. "Ça les a surpris, ça a été un choc. Ils ne savaient pas très bien au début où on voulait en venir", se souvient Anne-Marie Sallé. "C’était, pour la plupart, la première fois qu’ils entendaient des voix travaillées, des voix lyriques, poursuit Thierry Machuel. Ça les a bouleversés. Ils ont dit : ‘C’est notre opéra !’" L’année suivante, en 2009, l’atelier d’écriture attire une dizaine de détenus.

 

Ces hommes, incarcérés pour des peines lourdes, réduits à l’isolement durant de longues années, découvrent que leur parole peut toucher des centaines de festivaliers, venus écouter ces "Nocturnes de Clairvaux" à quelques mètres d’eux, de l’autre côté des murs de leur cellule, dans l’enceinte de l’abbaye. Sans eux, puisqu'ils n’ont pas droit d’assister au concert. Une retransmission du festival, concoctée par Julien Sallé, est projetée dans les couloirs du centre de détention quelques semaines plus tard.

 


Extrait du film "Or, les murs", réalisé par Julien Sallé (copyright Red Star Cinema).


 

Une photographie sonore de l’individu

 

"Nocturnes de Clairvaux", "Paroles contre l’oubli", les compositions de Thierry Machuel issues de ces ateliers d’écriture en milieu carcéral, résultent d’un long intérêt pour la rythmique des mots, la complainte poétique et sa retranscription en chant. "Je fais, en quelques sortes, une photographie sonore de l’individu qui lit son texte et je cherche à représenter musicalement ce qu’ils donnent à voir d’eux : le registre de leur voix, le rythme de leur lecture, leur regard, leurs intentions." Thierry Machuel prend le temps d’écouter les histoires de ces hommes. Il enregistre tout. Et il réécoute, chez lui. "Je veux éviter de plaquer mon propre vécu sur leurs écrits, et je cherche à me mettre à la place du transmetteur."

 

Ce travail inédit avec des détenus lui a inspiré des ateliers similaires avec les moines cisterciens de l’abbaye de Clairvaux, également appelés à écrire sur le thème de l’angoisse de la nuit. Les "Nocturnes de Clairvaux" sont désormais un cycle complet, mêlant la parole d’enfermements voulus et subis. "Clairvaux a été un déclencheur pour moi, confie Thierry Machuel, enthousiaste. J’ai dû être aussi sincère qu’eux l’étaient, ils m’ont beaucoup appris." Le compositeur veut renouveler l'expérience, celle de recueillir le témoignage de communautés isolées et de les retranscrire musicalement, en partant sur l’île de Palawan, dans l’archipel des Philippines, aux côtés de l’anthropologue Nicole Revel.

 

La musique classique se pique parfois de social, mais dépasse rarement les concerts de charité. Le patient travail de Thierry Machuel et des détenus donne naissance à une œuvre marquante, qui renverse les préjugés de ceux qui sont "à l’intérieur" comme de ceux qui sont "à l’extérieur", comme on dit dans le jargon carcéral.   

Le festival "Ombres et Lumières" se déroule du 25 au 27 septembre 2010, sur le site de l'abbaye de Clairvaux.

 

 

 


lacroix.jpeg La croix

 

Clairvaux, un festival, un film, un compositeur

23 septembre 2009

Le Festival de Clairvaux se tient du 25 au 27 septembre. Outre le concert de clôture, dimanche à 17 heures, autour des Nocturnes de Clairvaux et des Paroles contre l’oubli de Thierry Machuel, interprétés par l’excellent chœur des Cris de Paris sous la direction de Geoffroy Jourdain, plusieurs concerts sont au programme : un hommage à Gaston Bachelard, enfant de ce « coin de la Champagne vallonnée », par le pianiste François-René Duchâble et le comédien Alain Carré (vendredi à 20 h 30) ; une après-midi de musique de chambre par le Trio Pasquier (samedi à 17 heures). À noter aussi (samedi à 15 heures et dimanche à 11 heures), deux concerts « Alla breve », le premier consacré à des œuvres instrumentales de Thierry Machuel, le second en forme de carte blanche offerte à de jeunes interprètes. Rens. : 03.25.27.52.55.

Or, les murs est un film réalisé par Julien Sallé autour du travail de Thierry Machuel avec les détenus de Clairvaux. D’une grande sobriété, il tisse intimement les séquences en prison et les échappées dans la campagne champenoise. On suit les échanges entre le compositeur et les prisonniers et la découverte progressive des œuvres auxquelles leurs textes ont donné vie lors de concerts donnés dans la centrale. Le film est projeté dans le cadre du festival, dimanche à 14 h 15.

Compositeur en résidence à Clairvaux, Thierry Machuel, né à Paris en 1962, écrit tout particulièrement pour la voix, aussi bien pour les ensembles professionnels de haut niveau que pour les chœurs amateurs. À écouter le CD Sur la terre simple (chez Codaex), rassemblant des œuvres profanes a cappella, interprétées par le chœur Mikrokosmos, sous la direction de Loïc Pierre. On y retrouve le souci pointilleux du texte poétique qui éclaire tout le travail de Thierry Machuel, son respect lumineux des textures vocales (notamment des voix médianes, subtilement mise en relief) et la grâce envoûtante d’une musique à la fois sophistiquée et très accessible.

 

 

ClassiqueNews.com

 

à propos du CD "Sur la terre simple"

 

Attention, ce nouveau cd Machuel est un enchantement. Mikrokosmos se délecte à exprimer chaque nuance de ce vitrail vocal et choral : dirigés par Loïc Pierre, les chanteurs sont exemplaires en justesse, tenue de voix, articulation, intensité, dynamique. C'est un jaillissement constant de couleurs, de vibrations humaines d'une étonnante prégnance
     
Ce disque est davantage qu'un énième enregistrement de musique chorale contemporaine: le souci de la  langue et du texte, de la poésie et de sa déclamation, du verbe comme instance dramatique, comme invitation introspective et autocritique, s'y dévoile au diapason des propres recherches esthétiques et formelles du compositeur Thierry Machuel, né parisien en 1962. On avait déjà loué son superbe disque Psalm (2003, également édité par "label inconnu"). Le connaisseur familier y retrouve plusieurs perles emblématiques de sa signature en particulier la première pièce (Un étranger, avec, sous le bras, un livre de petit format) sur un poème d'Edmond Jabès né au Caire en 1912 : les premiers vers laissent envisager ce dont il est question: "L'étranger te permet d'être toi-même, en faisant, de toi, un étranger". Thierry Machuel nous parle bien d'altérité salvatrice, d'heureuse fraternité à revivre, réinventer, reconquérir. Aussi d'identité secrète, en souffrance, de destin muet, de "vies singulières". La force et la violence de son style tient à cette exceptionnelle profondeur humaine qui surgit constamment dans l'apparemment sans histoire, murmuré, chuchoté à peine...

Dans le texte de Jabès, le passage du français à l'espagnol suggère ce glissement d'une identité à l'autre, d'une langue à l'autre : tissage parallèle ou mieux métissage en regard, qui recompose cette altérité fraternelle rêvée, réalisée dans la musique grâce à la médiation de la voix. Mais une voix entendue comme une entité collective faite de mille volontés agissantes dans l'ombre, tenaces, fourmillantes et aussi tellement rassurantes dans la résolution de leurs prières multiples. La pièce vaut d'être écoutée encore et encore, autant pour la qualité de son écriture vocale et chorale : tout l'univers  poétique, intimiste, énigmatique, suspendu, hypnotique de Thierry Machuel y échafaude des architectures et des ponts successifs, entre ivresse et langueur (extase d'Al infinito...), jardins des fourmillements sonores qui se concluent finalement, peu à peu, en une sorte d'embrasement de l'intime, en une série de murmures en cascades, un miroitement de plus en plus ténu.
Tout le disque est à l'aune de cette immersion dans la pure poésie qui inspire en retour le poète musicien: "le chant choral peut alors devenir (...)..., un prisme où saisir dans l'âpreté des couleurs, nos ombres et nos lumières".  Chaque stance, en canon et contrepoint dialogués, permette aussi au choeur d'être ce personnage principal, d'exprimer en coeurs mêlés, simultanés tout ce qui occupe l'esprit actuel du compositeur. Soucieux d'inventer "l'opéra choral", nouvelle forme "dans laquelle il serait question de suivre l'épopée d'une communauté humaine, et non d'une poignée de solistes privilégiés."
 
La prouesse de la communauté des solistes du choeur Mikrokosmos se délecte à exprimer chaque nuance de ce vitrail vocal et choral: dirigés par Loïc Pierre, les chanteurs sont exemplaires en justesse, tenue de voix, articulation, intensité, dynamique. C'est un jaillissement constant de couleurs, de vibrations humaines d'une étonnante prégnance : le chant d'une humanité accordée, à l'écoute de tous et de chacun.

En français dont le poème "La parure éphémère" (et neigeuse) d'Yves Bonnefoy, en danois (Under en sten, "sous une pierre"), en anglais (hymne lyrique de l'antienne de la création dans Le royaume invisible), âpreté et austérité en portugais de Caminho, mais aussi italien et espagnol : tous les solistes s'engagent pour articuler la formidable énergie, projeter l'espérance des textes. Tension, mystère, relâchement, détente, puis murmure : ici, le chant se fait expérience, réalisation d'un idéal par l'humain, pour l'humain. Comment dès lors, n'être pas déconcerté et conquis par la résonance d'une  écriture si passionnément humaniste? Sublime.

Thierry Machuel: Sur la terre simple. Oeuvres profanes pour choeur a cappela. Solistes du choeur Mikrokosmos. Loïc Pierre, direction.

Lucas Irom - mercredi 10 juin 2009
 

 

 


   France- Musiques   

Miniatures, une émission de Cécile Gilly.

du 27 au 29 janvier 2009

  

 4 entretiens de 15 minutes tous les jours de 09h45 à 10 h.

 


lundi 26 janvier 2009

 


mardi 27 janvier 2009

 


mercredi 28 janvier 2009

 


jeudi 29 janvier 2009

 

 



 Choir&Orgel.png Choir and organ, UK

May-June 2005

Psalm : The choral music of Thierry Machuel

Psalm is an outstanding disc in every respect. Thierry Machuel's music paints pictures in sound. Unmistakeably french, his atmospheric language goes from the austere to the lush. His creative layering of the voices - solos, trios, octets, full choir where male sounds merge into females ones - fully enhances the eclectic choice of texts in a magical way. The singing is inspirational and very accomplished directed by Laurence Equilbey and Geoffroy Jourdain. Machuel is an individual voice. I found this example of his music fantastic. 

 

 




gramophone.png Gramophone, UK and USA

January 2005 

Choral wrinting finds a worthy champion

Three-quarters of Thierry Machuel's published compositions are for a cappella choirs, and he is credited with helping to revive French choral singing. These technically inventive, deeply affecting pieces demonstrate why his music should be so attractive to accomplished choirs like those featured here.

Machuel (b. 1962) draws texts from a variety of writers, including Ossip Mandelstam, Langston Hughes and Rabindranath Tagore. Of especial interest is his chilling setting of the gruesome Strange Fruit, Lewis Allan's song about lynching primarly associated with Billie Holiday. Horrified disbelief is substituted for the angry disgust of the original tune. In contrast, Hughe's Homesick blues (Dark like me) is imbued with tender nostalgia.

The Nocturnes are the first in an openended sequence of meditations on the meanings that their title can encompass. Machuel's ability to impress and discomfort simultaneously is evenmore evident in Über dem Dorn. Barry Witherden 

 

 

 


classiquenews.png Classicnews 2005 

 Thierry Machuel : Psalm 

 

L'univers polyphonique de Thierry Machuel atteint dans cet album magnifique (à posséder d'urgence) une vibration hallucinatoire, prenante et hypnotique. A la densité du jeu contrapuntique correspond la qualité sélective des textes poétiques. La musique n'allant jamais chez Machuel, fin lecteur de textes engagés,  sans sa sœur, complémentaire ou gémellaire, la poésie. Si la texture, parfois jusqu'à saturation du mot et de la note, offre une riche correspondance avec le sens et le sentiment émis, alors, dans les œuvres ici abordées, l'écriture réalise ici un accomplissement rare. D'autant que l'exacerbation lyrique des effets vocaux, idéalements sertis et proférés par le Jeune Chœur de Paris et le chœur de chambre Les Cris de Paris, porte plusieurs textes d'une très grande force poétique. Notre préférence va tout d'abord au cycle Dark like me {sur des textes} de Langston Hughes (1902-1967) (...). Les cinq tableaux de cette suite chorale sont bouleversants par leur humanité, en cela remarquablement incarnés par les deux chœurs. Avec Jiv, d'après les textes du russe Ossip Mandelstam, nous gravissons encore un degré dans l'intensité émotionnelle. C'est le martyre des camps staliniens que Machuel honore avec une justesse de ton, là encore confondante de vérité et de déchirants accents. Et que dire encore du cycle fascinant Über dem Dorn d'après Paul Celan, mort suicidé en 1970 ? Sinon la pureté tragique, implacable, immersion sublime dans le noir absolu et les profondeurs de l'expérience humaine. La tension dont il s'agit, déploie dans le texte et dans le chant du corps choral, une pleine conscience qui exprime, et l'anéantissement final, et les forces extrêmes pour en sortir. Conçu comme un triptyque, son premier volet, Psalm, donne le titre de cet album événement. Les trois Nocturnes dont un non moins captivant et crépusculaire voyage nocturne, infernal, d'après benoît Richter, poursuit une quête ciselée, entre l'horreur d'une nuit d'inhumanité et le vide silencieux de la nuit, inquiétante, énigmatique.

Finalement, tout revient ici à l'humain, rien que l'humain, interprètes en état de transe (chauffés par leurs chefs, Laurence Equilbey et geoffroy Jourdain), compassion profonde d'un musicien au chant spirituel engagé, critique, acide, amer, et nourri d'espérance : ce disque est un éblouissement sonore et littéraire, incontournable. 

 

 


La musique chorale a cappella de Thierry Machuel

le Jeune Chœur de Paris et les Cris de paris

23 Avril 2003 - Paris - Compte-rendu –


Thierry Machuel est un des rares compositeurs actuels qui consacrent une part importante de leur production au répertoire choral a cappella. En cela il a été aidé par la création du Jeune Chœur de Paris pour lequel il a écrit la plupart des pièces données ce mercredi 23 avril au théâtre Mogador.
Cette formation compte une cinquantaine de jeunes chanteurs encore étudiants ce qui donne une qualité professionnelle indispensable à l’exécution d’une musique aussi subtile que celle de Machuel. Dans ce cas subtilité ne veut pas dire complication gratuite. En effet la musique de Thierry Machuel sait retrouver une évidence d’expression qui la situe dans la lignée des chefs-d’œuvres du genre, propre à exalter un sentiment de communion entre les chanteurs eux-mêmes d’une part, entre les chanteurs et le public d’autre part.

Cette impression d’unanimité fait le charme de ces concerts, renforcée en ce cas précis par le choix de textes aux profondes résonances humaines, avec d’emblée le cycle « Vivant » sur des textes en russe de Mandelstam. L’oeuvre réinvente un folklore russe imaginaire et l’une de ses pièces, redonnée en bis, pourrait rapidement devenir un « tube » de ce répertoire, même pour des chorales moins chevronnées, tant son expression musicale est directe. Les autres pièces de ce cycle utilisent des éléments plus inhabituels comme les sifflements, les tapements de pieds. Des mélismes harmoniques et des ostinatos sur des rythmes réguliers sont aussi caractéristiques.

Thierry Machuel a différencié son langage pour la poésie plus lapidaire de Paul Celan contrepointée avec le psaume 103. L’œuvre commence par un brouhaha de paroles qui s’efface devant une note tenue, pour revenir ensuite. Le langage est plus chromatique, l’harmonie est plus dissonante, avec de beaux effets d’accords bouche fermée. La gravité domine.

Les trois nocturnes qui succèdent sont d’une teinte plus rêveuse et l’on remarquera l’utilisation pour l’un d’entre eux d’un texte de Tagore déjà mis en musique par Zemlinski dans sa symphonie lyrique. (…) Pour terminer un hommage au peuple noir avec « Dark like me » qui montre une de fois de plus la souplesse de plume de Thierry Machuel qui sait ici prendre des accents gospel ou jazzy.
Le Jeune Chœur de Paris s’était adjoint le chœur de chambre les Cris de Paris, ce qui portait l’effectif à quatre-vingt chanteurs, remarquables de sûreté et d’homogénéité, sous la direction efficace et passionnée de Laurence Equilbey et Geoffroy Jourdain.

Sylvain Hochard
Théâtre Mogador, le 23 avril 2003. Jeune chœur de Paris, Cris de Paris. Intégrale des œuvres profanes pour chœur a cappella de Thierry Machuel. Direction Laurence Equilbey et Geoffroy Jourdain.

 


    Le Monde – mardi 29 avril 2003

MUSIQUE
Les Cris de Paris et le Jeune Chœur de Paris ont consacré une soirée au musicien
Au Théâtre Mogador,

Thierry Machuel pratique le langage du chœur

LA QUESTION était évidemment, pour beaucoup, qui est Thierry Machuel? On fait à priori confiance à Laurence Equilbey, remarquable musicienne, dont le Chœur Accentus est devenu en douze ans le meilleur ensemble vocal professionnel français ; on fait confiance à Geoffroy Jourdain, dont le travail à la tête du groupe de musique ancienne Vivete Felici est remarquable. On se dit que s'ils ont décidé de consacrer une soirée entière à ce compositeur discret, c'est qu'il doit en valoir la peine.

Comment comprendre autrement que le Jeune Chœur de Paris, fondé par Laurence .Equilbey, et codirigé par Geoffroy Jourdain, ainsi que Les Cris de Paris, dirigés par ce dernier, aient consacré tant d'énergie à la préparation de ce concert, donné dans l'acoustique impitoyable du Théâtre de Mogador et qu'ils aient de surcroît décidé de graver les œuvres sur disque? Mais, toujours: qui est Thierry Machuel?

II a 40 ans, a fait la Villa Médicis, puis la Casa Velasquez à Madrid, deux académies prestigieuses. Au Jeune Chœur de Paris, il travaille auprès des deux chefs de chœur, et il est pianiste. Il connaît son affaire. Il a de la culture, du goût, pas forcément parce qu'il met Paul Celan en musique (tout le monde le fait), mais parce qu'il connaît la poésie du chantre de la Harlem Renaissance, le poète afro-américain Langston Hughes, et ses « proses du Transsibérien » à l'américaine.

Ces poèmes urbains, comme présonorisés, inspirent au musicien un cycle promis au succès, Dark Like Me, vif, habile, contrasté, entendu. (…)

Le langage de Thierry Machuel est souple, sujet à une versatilité qui pourrait passer pour un péché aux oreilles de beaucoup. On y entend en effet une signature harmonique qui laisse filtrer des couleurs ou des gestes propres à Poulenc ou à Ravel, mais il connaît aussi de toute évidence l'excellente musique chorale du XXè siècle produite par les compositeurs nordiques (que dirige beaucoup Laurence Equilbey, disciple du grand chef de chœur suédois  Eric Ericson). Machuel a enfin assimilé les techniques d'écriture chorale de Clytus Gottwald, auteur de transcriptions géniales d'œuvres instrumentales notamment (dont beaucoup figurent sur le plus récent album, Transcriptions, du Chœur Accentus, paru chez Naïve).

Un monde mélancolique

Nonobstant ces traits communs, Thierry Machuel a un monde bien à lui, essentiellement mélancolique, et il est capable de faire porter loin, la courbe d'une pièce, de longue haleine, comme dans le Nocturne sur un texte de Yannick Liron, longue cantate pour une « forêt » de parties vocales, solistes, divisées, tuttistes. Comme Francis Poulenc dans Figure humaine ou Daniel Lesur dans son Cantique des Cantiques, Machuel sait dompter la redoutable litanie d'un long texte, mis en un contrepoint sonore d'une rare poésie.

Le Jeune Chœur de Paris, créé en 1995 par Laurence Equilbey, prend aujourd'hui corps et âme : intégré depuis 2002 au Conservatoire national de région (CNR) de Paris, il est un centre de formation pour jeunes chanteurs, le chaînon manquant entre les chœurs maîtrisiens et les formations adultes professionnelles confirmées. La technique d'ensemble est encore parfois un peu verte, les attaques périlleuses et le fini pas tout à fait au point. Mais, excellemment conduit par Laurence Equilbey et Geoffroy Jourdain dans ce difficile répertoire, il chante avec au moins autant de précision et d'engagemenf que beaucoup de chœurs professionnels.

Renaud Machart

Thierry Machuel : intégrale des œuvres profanes a cappella, par le Jeune Chœur de Paris, Les Cris de Paris, Laurence Equilbey, Geoffroy Jourdain (direction), Paris, Théâtre Mogador, le 23 avril. Concert repris au Festival de Noirlac, le 27 juillet à 15 heures. Tél. : 08-10-02-01-00.


 

 
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