Opus 9 : Nocturne (Tagore)

Nocturne (Tagore)

CC, SMATBnB, SMATBnB solos. 4 mn. Difficile.
Texte de Rabindranath Tagore, traduit en français par Henriette Mirabaud-Thorens.

Commande du chœur de chambre Mikrokosmos,
création en avril 2001, chœur Mikrokosmos, direction Loïc Pierre,
Abbaye de Noirlac.
(Voir le CD Psalm)

 

Pour écouter un extrait :

 

Ce premier cycle de Nocturnes pour chœur a cappella a été inauguré avec la pièce intitulée Nocturne (Liron), créée en février 2000 au théâtre des Bouffes du Nord par Laurence Equilbey.

J’ai décidé depuis de composer une œuvre par an sur ce thème, qui m'intéresse dans son acception la plus large : obscurité tant physique que psychique, souffrance, solitude, ténèbres du mal, de la mort, retrait du monde ou traversée mystique, traversée qui peut être comprise aussi comme le moment qui précède la lumière, dans une attente pleine d'espérance, et se retrouver dans des formes plus éloignées, par exemple le récit d'une rencontre que la nuit seule pouvait rendre possible (Nocturne (Tagore)), ou encore une simple description provoquant un état de contemplation, comme dans le texte de Yannick Liron. Les poèmes de ce recueil seront tous en langue française, ce qui me permettra, dans le cas des auteurs étrangers, de rendre hommage à leurs traducteurs, souvent poètes eux-mêmes.

 

NOCTURNE (TAGORE)

Texte de Rabindranath Tagore, traduit en français par Henriette Mirabaud-Thorens.

Rabindranath Tagore est né à Calcutta en 1861. Il publie ses premiers poèmes en 1874, et compose peu après ses premières œuvres musicales. Participant aux manifestations contre le partage du Bengale en 1903, il s’élève contre le démembrement de l’Inde par les Anglais. Sa notoriété sans cesse grandissante lui vaut le prix Nobel en 1913, et de nombreuses invitations à travers le monde. Nommé président du congrès philosophique des Indes en 1925, il rencontre Einstein, Gandhi, Nehru. Il commence à peindre en 1928. En 1941, il écrit un message au monde : La crise de la civilisation. Il meurt dans la maison qui l’a vu naître, à Calcutta. Parmi ses ouvrages les plus connus, citons L’Offrande Lyrique (Gitanjali), Le Jardinier d’amour (The Gardener), La jeune Lune (The crescent moon), La Corbeille de fruits (Fruit-Gathering), Le Cycle du Printemps, Lucioles, Chitra et Arjuna, Kacha et Devayani.

Aucun élément biographique concernant la traductrice n’a malheureusement pu être retrouvé ; les éditions Gallimard ont perdu sa trace.

Ce poème, extrait du Jardinier d'amour, est profondément mystérieux. Qui parle ? Est-ce un dialogue ou un monologue ? Ne serait-ce pas plutôt un rêve, adressé au chuchotement des arbres, au mouvement lointain des nuages sous la lune, aux soupirs du vent ? L'ambiguïté du texte m'a amené à établir un dialogue - fictif - entre les voix d'hommes et les voix de femmes qui, vers la fin de l'œuvre, échangent leurs paroles pour reprendre au début dans une écriture qui en est le miroir, à quelques mots près : là où les femmes disaient « Je dénouerai ma chevelure. Mon manteau bleu m’enveloppera etc. », les hommes diront « Je dénouerai ta chevelure. Ton manteau bleu m’enveloppera etc. » Ce dialogue est toujours soutenu par un arrière-plan de caractère impressioniste, où les phrases desciptives, comme « Les étoiles sont perdues dans les nuages » ou « Les arbres seuls chuchoteront dans les ténèbres », sont entendues sous la forme de « réservoirs », sortes de canons à l’unisson, dans lesquels les hauteurs et les rythmes du motif sont précisés, mais pas l’ordre ou la fréquence des entrées, qui sont laissés à la discrétion des interprètes. Cet effet produit un réseau sonore de forme et de densité très variables, à l’image des événements décrits dans le texte.
 

 
< Précédent   Suivant >