Opus 27 : Un étranger, ...

 

 

Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format

EV, 12 voix mixtes, et Baryton solo. 10 mn. Difficile.
Textes en français et en espagnol d'Edmond Jabès.

Commande de l'ensemble Soli-Tutti,
création au printemps 2004,
Soli-Tutti, direction denis Gauthérie,
église des Blancs-Manteaux.

(Voir le CD "Sur la terre simple" ainsi que "75ème anniversaire de la Casa de Velazquez") 

 

Pour écouter trois extraits : 

 
 

 

 

Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format est une œuvre sur la Rencontre, l'Encuentro, la confrontation à l'Autre à travers sa figure archétypique qu'est l'étranger. Composée pour célébrer le 75ème anniversaire de la Casa de Velazquez, elle a pour livret une série de courts textes d'Edmon Jabès, augmentée de ces mêmes textes traduits en espagnol par José Angel Valente.

Edmond Jabès est né au Caire en 1912. Juif d'origine égyptienne et de culture française, il est contraint à l'exil en 1957, et s'installe à Paris avec sa famille. Cette expérience du déracinement sera le terreau de toute son œuvre. Il est mort en 1991.

José Angel Valente (1929-2000) est considéré comme un des plus grands poètes espagnols du XXème siècle. En marge de son œuvre de poète, il a également réalisé de nombreuses traductions (Celan, Montale, Aragon...).

Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format doit être interprétée avec une légère mise en scène : un groupe de six chanteurs d'un côté, jouant le rôle des français, un groupe de six chanteurs de l'autre, jouant le rôle des espagnols,  et le chef entre les deux groupes, l'"étranger", tour à tour espagnol (pour les français) ou français (pour les espagnols). C'est en regardant cet "étranger" que chacun des deux groupes apprendra à se (re)connaître.  Une première tentative d'échange a lieu au tout début de l'œuvre, tentative durant laquelle les deux chœurs, chacun dans sa propre langue et son propre tempo - lent et rêveur pour le français, rapide et nerveux pour l'espagnol -  vont répéter en boucle la phrase inaugurale du texte : "L'étranger te permet d'être toi-même, en faisant, de toi, un étranger", sans la comprendre vraiment. Juste après l'intervention espagnole, le groupe français connaît un instant de flottement, incorporant même quelques mots d'espagnol dans son chant, avant de revenir au français sans qu'on ait eu le sentiment d'un réel changement.

Le chef (l'"étranger") intervient alors une première fois, s'adressant aux français : "Mi sola certitumbre es un corazon que late y que, muy pronto, dejara de latir". Suit un bref dialogue entre les membres du groupe français, durant lequel une chanteuse invite ses compagnes à observer attentivement l'"étranger" (le chef) afin de mieux le comprendre ; ce court dialogue est ensuite repris quasiment note pour note en espagnol par le second groupe, ce qui permet à l'auditeur de percevoir les similitudes entre les deux langues.

Ces interventions successives débouchent sur un double-chœur, où l'on entend la belle et surprenante définition que donne Edmond Jabès de l'"étranger", de son regard, de son sourire, de sa démarche... Durant ce passage, l'échange commence à se faire, imperceptiblement : les Espagnols ont à présent un tempo lent, les Français un tempo plus vif ; les interventions cessent d'être successives, se chevauchant de plus en plus, jusqu'à ce que les deux chœurs se rencontrent enfin sur une syllabe commune, la voyelle "i" du mot "réfléchit/reflexiona".

À partir de ce mot, ils chanteront leurs textes de manière simultanée, les Français en langue espagnole, les Espagnols en langue française, sur une écriture musicale en miroir dans laquelle toutes les syllabes communes seront prononcées en même temps. Ce passage de rencontre est annoncé par un nouveau solo du chef/étranger, avec la même phrase qu'au début, mais en français : "Je n'ai de certitude qu'un cœur qui bat et qui, bientôt, ne battra plus" ; peu de temps après, il se retire, avec sa partition sous le bras. À la fin de l'échange, les deux chœurs, restés seuls sur scène, reprennent la phrase de l'"étranger", chacun dans la langue de l'autre, pour conclure avec une pointe de nostalgie sur l'idée ce ce c(h)œur qui bat, "et qui, bientôt, ne battra plus".

 

 

 
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