Opus 42 : L’encore aveugle

 

 

L’encore aveugle

           

Oratorio pour chœur, solistes et orchestre.

(CM, SATB, SATB solos, Soprano, alto, récitant et orchestre)

Textes en français. 1 h 15 mn. Moyen.

 

Commande de la Région Champagne-Ardenne,

création en mai 2007, chœurs des lycéens de Troyes, Reims et Charleville-Mézières,

sous la direction de Patrick Allais, Nicolas Pattier, et Gérard Thiriet.

 

Un document sur l'œuvre et le travail avec les lycéens a été édité par le

Centre Régional de Documentation Pédagogique. Il contient un livret avec

quelques textes présentant le projet, et un CD avec des extraits du concert

qui a été donné à l'auditorium du Conservatoire de Reims. Ce document est

disponible auprès de www.crdp-reims.fr  

 

 

Titres des pièces chorales : 

Une hâte mystérieuse,

Nous nous étions fait don,

Nous ne nous voyons plus,

Plus de chemin pour nous.


 
Comment aborder la Transcendance, sans passer par aucune religion ? En évacuant
 les réponses, de quelque nature qu’elles soient (citations de textes dits«
 sacrés », dogmes…) ? Et comment chanter à partir de ce « lieu commun » du seul
 questionnement,  lieu où certes, toute parole de dialogue est alors possible,
 puisque le champ d’investigation est ouvert, mais où les références « classiques
 » de ce type d’ouvrage, comme le psaume, dont la foi manifeste est propice au
 lyrisme vocal, que ce soit en soliste ou en choeur, font cruellement défaut ?
 J’ai été frappé dès la première lecture par ceux des textes d’Yves Bonnefoy qui
 abordent cette question de la manière que je viens de décrire,  et la courte
 histoire des planches courbes, où les deux personnages, l’enfant comme l’adulte,
 sont aussi seuls, aussi abandonnés l’un que l’autre, illustre bien les
 interrogations de notre société, attendant du fond de l’univers même une réponse
 qui ne vient toujours pas. À cet égard, j’aurais pu me contenter, dans la
 musique, d’un lyrisme contenu, voire absent lui aussi. Mais je ne souhaitais pas
 risquer la désespérance. Pourquoi ne pas user du lyrisme comme de  ce qui
 permettrait, non de transmettre, mais de susciter l’Énergie ? Celle de la parole
 tenue, soutenue par le chant. Celle de l’acte de la représentation du monde dans
 le temps du spectacle, par-delà  Vie et Mort. Celle, enfin, de la proximité au
 public, dans un partage de la parole, qui ainsi redevient  créatrice.



Ce collectage de textes est le fruit d’une longue recherche, nourrie par une
 fréquentation quasi quotidienne de la poésie d’Yves Bonnefoy. Les poèmes sont
 ici intégralement retranscrits, tout en étant placés dans un contexte qui
 n’était pas le leur au départ. La seule modification a été de couper la courte
 histoire des Planches Courbes en son milieu, et d’en faire ainsi l’écrin de
 l’oratorio, en même temps que sa métaphore. Dans cette perspective, le cymbalum,
 qui accompagne seul le récitant, improvise à partir des éléments qui structurent
 la partie centrale de l’oeuvre, en les utilisant au départ de manière
 fragmentée, discrète, comme une annonce progressive, et dans la conclusion de
 manière transformée, comme si l’histoire ne s’arrêtait pas au dernier silence.

 Quelques notes, auxquelles j’attache une valeur symbolique, servent d’ancrage
 aux voix (sol pour la terre, si bémol pour l’humanité, do et do dièze pour le
 divin…). Une série de 12 sons est présente en filigrane, accompagnée le plus
 souvent de sa forme en miroir (inversion du sens des intervalles), image de la
 ressemblance de l’humain au divin (commençant par B.A.C.H., c'est-à- dire le
 mélisme si bémol, la, do, si bécarre, sa forme première est aussi un discret
 hommage au compositeur de passions et de cantates, souvent considéré comme un
 dieu de la musique…).  La jeune théologienne, dans sa quête éperdue du divin,
 utilise fréquemment l’intervalle de quarte augmentée, appelé autrefois «
 diabolus in musica », et semble le maîtriser sans difficulté… Les interventions
 humaines se font le plus souvent sur des rythmes binaires, qui deviennent
 ternaires à mesure que l’on approche de l’intervention divine. Celle-ci impose
 dès son entrée un tempo plus lent, un étirement du temps, bien que, lointain, un
 cœur continue de battre. Les tessitures se déploient peu à peu durant
 l’oratorio, mais c’est seulement à l’extrême fin que chacun aura conquis la
 totalité de son ambitus sonore, après la mort pour les humains, et dans son
 dernier chant, au moment de dire "Je suis...", pour Dieu.

 L’essentiel de mes recherches de ces dernières années portait sur l’élocution
 chorale, c’est-à-dire tout ce qui peut, dans l’écriture du chant, concourir à
 une meilleure compréhension du texte par le public : une attention extrême à la
 prosodie, un usage restreint des tessitures élevées, un recours prudent au
 contrepoint, notamment à partir de trois voix, etc. Pour avoir beaucoup écouté
 Yves Bonnefoy lire ses propres textes, je peux dire que le caractère très
 intériorisé, aux accents souvent dramatiques, de sa vocalité m’a certainement
 influencé.





 Première partie

 1)Les planches courbes(I)
 Récitant et cymbalum

 2)L'encore aveugle(I)
 Soprano et orchestre

 3)Choeur I
 "Une hâte mystérieuse..."

 4)L'encore aveugle(II)
 Soprano et orchestre

 5)"Éloigne-toi..."
 Soprano, choeur et orchestre



 Entr'acte




 Seconde partie

 Introduction orchestrale

 1)L'or sans visage(I)
 Soprano et orchestre

 2)Choeur II
 "Nous nous étions fait don de l'innocence..."

 3)L'or sans visage(II)
 Soprano et orchestre

 4)Choeur III
 "Nous ne nous voyons plus dans la même lumière..."

 5)L'or sans visage(III,1)
 Contralto, choeur et orchestre

 6)"Il est la terre..."
 Soprano et orchestre

 7)L'or sans visage(III,2)
 Contralto et orchestre

 8)Choeur IV
 "Plus de chemin pour nous..."

 9)"Je suis..."
 Contralto et orchestre

 10)Les planches courbes(II)
 Récitant et cymbalum


 

 
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