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Janvier 2012

 

Bienvenue ! 

Voici notre nouvelle fenêtre de poésie, pour une année qui soit forte, rayonnante, ouverte :

 

Les visages sont beaux. Il n’y a rien de plus émouvant dans la personne humaine, rien de plus accompli. Un visage, n’importe lequel, surgi au hasard dans la foule, porté en haut du corps et s’avançant vers moi,  un peu secoué par les mouvements de la marche, planant comme un cerf-volant, éclairé par la lumière. Je le regarde, et je ressens l’émotion de mon espèce…

Visages comme des paysages, lisses, transparents, pays d’eau et de lacs, où brillent les yeux translucides ; ou bien compacts, terres minérales, aux yeux enfoncés dans les failles des paupières étroites. Visages cuits par le soleil, par le froid, par le vent. Visages ternes, gris, sans lumière, comme sortis de l’intérieur de la terre, visages souterrains. Visages nus. Visages illuminés, rayonnants. Visages effacés, ou cachés par les masques. Il n’y en a pas d’indifférents. Ils sont le premier signe, le premier appel, avant toute parole et toute pensée…

Chaque visage, tel un idéogramme, est entier, indissociable. Sur la structure élémentaire, chaque trait, en se modifiant, ou en se déplaçant de quelques millimètres, donne une parole nouvelle, un sens différent…

Visages qui nous font voyager, qui nous font sortir de nous-mêmes, et nous invitent en d’autres maisons. Visages qui nous appellent, pour la curiosité incessante de la vie...

Jean-Marie Gustave Le Clezio

 

Texte extrait de "Inconnus sur la terre", éditions Gallimard