Opus 7 : Nocturne (Richter)

Nocturne (Richter)

CM, SSAATTBB, SSAATTBB solos. 12 mn. Difficile.

Texte de Benoît Richter.

 

Commande de la Cité de la Musique,
création partielle en avril 1999,
Jeune Chœur de Paris, chœur de chambre Mikrokosmos,
direction Karl Högset, auditorium de la Cité de la Musique.

Création de la seconde version en avril 2003,
Jeune Chœur de Paris, Les Cris de Paris,
direction Geoffroy Jourdain,
théâtre Mogador.

(Voir le CD Psalm)

 

Pour écouter deux extraits :

 

 

Ce premier cycle de Nocturnes pour chœur a cappella a été inauguré avec la pièce intitulée Nocturne (Liron), créée en février 2000 au théâtre des Bouffes du Nord par Laurence Equilbey.

J’ai décidé depuis de composer une œuvre par an sur ce thème, qui m'intéresse dans son acception la plus large : obscurité tant physique que psychique, souffrance, solitude, ténèbres du mal, de la mort, retrait du monde ou traversée mystique, traversée qui peut être comprise aussi comme le moment qui précède la lumière, dans une attente pleine d'espérance, et se retrouver dans des formes plus éloignées, par exemple le récit d'une rencontre que la nuit seule pouvait rendre possible (Nocturne (Tagore)), ou encore une simple description provoquant un état de contemplation, comme dans le texte de Yannick Liron. Les poèmes de ce recueil seront tous en langue française, ce qui me permettra, dans le cas des auteurs étrangers, de rendre hommage à leurs traducteurs, souvent poètes eux-mêmes.

 

NOCTURNE (RICHTER)

Auteur et metteur en scène, Benoît Richter est né en 1971 à Tunis. Il vit à Paris. En 1990 il signe sa première mise en scène, qui sera suivie d’une cinquantaine d’autres, sur des textes d’auteurs classiques (Shakespeare, Tchekhov, Ionesco…) et contemporains (Guillaume de Calan, Jacques Jouet, Valeria Moretti). En collaboration avec Samuel Müller, il a écrit les livrets des opéras Le grand cirque philosophique Barberini (commande du festival des Malins Plaisirs, 2001) et Le Styx (commande de l’Etat, 2002), dont la musique est de Thierry Machuel et Bernard Thomas. En 2003, sa pièce La malle du Capitaine a été créée en langue allemande (Was ist in der Kiste des Kapitäns) à la Comedia de Cologne, dans une mise en scène de Roland Hüve. Il est également l’auteur de nouvelles et de poèmes.

L'histoire de cette œuvre est mouvementée : écrite au départ sur un texte d'un très célèbre poète et parolier du XXème siècle, elle fut créée et donnée en concert avec l'accord des héritiers du dit poète, avant que ne tombe, comme un couperet, l'interdiction de son éditeur, seul habilité à se prononcer en la matière. De nombreuses tentatives de médiation ayant échoué, ainsi qu'un projet d'enregistrement par le chœur de chambre Mikrokosmos,il fallut chercher une solution. Je proposai alors à Benoît Richter d’écrire un texte nouveau en maintenant, autant que possible, la structure et les rythmes du précédent. Le travail fut long et difficile, mais c'était le seul moyen de pouvoir conserver la partition telle que les interprètes la connaissaient. J'ai suivi avec attention le travail de Benoît, en pratiquant quelques retouches dans la musique lorsque cela s’avérait nécessaire.

La forme adoptée ici pourrait s’apparenter à celle du motet de la fin de la Renaissance : le déroulement musical est fondé sur une division en plusieurs séquences mettant en valeur de nouveaux éléments mélodiques, qui se trouvent plus ou moins développés afin de donner une expression individuelle aux phrases, aux membres de phrases et aux mots. Le texte nous parle d’une nuit qui s’étend progressivement sur le monde, faisant disparaître l’humanité en chacun de nous, jusqu’à nous transformer en « pierre de lune,…bloc de glace, souffle de vent ».  J’ai restitué cette disparition de la vie par un dosage décroissant du contrepoint, du maximum de mouvements simultanés à l’immobilité presque totale de la fin, où ne subsiste qu’un léger battement aux basses. Par ailleurs, afin de rendre plus sensible cette évolution, j’ai fait commencer l’œuvre dans la zone où les voix de femmes et les voix d’hommes ont des tessitures qui se recouvrent, avec une ligne mélodique commune chantée en alternance par les altos et les ténors, ligne qui se brise plus tard lorsque le chœur, se déployant sur la totalité de l’ambitus vocal, atteint son sommet dramatique (« qui est là, là près de nous … pour résister, pour témoigner… »), avant de se replier vers les extrêmes de cet ambitus, laissant dans le médium un vide angoissant que seules viendront combler les échos des dernières paroles, énigmatiques : « c’est un chemin qui entreprend le voyageur. »
 

 

 
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